Selon Nicolas Dupont-Aignan le gouvernement “refuse des études impartiales, refuse d’ouvrir le débat” sur les traitements alternatifs au COVID-19, comme l’hydroxychloroquine

Création : 22 janvier 2021
Dernière modification : 21 juin 2022

Auteur : Jean-Paul Markus, professeur de droit public, Université Paris-Saclay

Source : BFM TV, Bourdin direct, 19 janvier 2021, 11’00’’

Ce n’est pas au gouvernement d’orienter les débats scientifiques et encore moins de choisir entre les scientifiques celui qui serait plus compétent que les autres. Ces débats appartiennent au seul corps médical, qui doit dégager un consensus scientifique autour d’une stratégie médicale. Admettre un tel pouvoir au gouvernement reviendrait à créer une « médecine officielle », contraire au droit à la protection de la santé.

Nicolas Dupond-Aignan (Debout la France) reste fidèle dans son soutien à certaines thérapeutiques controversées pour soigner le COVID-19, comme la vitamine D, l’ivermectine et en particulier l’hydroxychloroquine, en attendant la vaccination dont il redoute au demeurant les effets secondaires. Il déplore que le gouvernement ne lance pas d’études “impartiales” sur la question, ni même “ouvre le débat” sur ces traitements.

Or d’une part les débats n’ont pas attendu le gouvernement pour s’ouvrir, et d’autre part ce n’est pas au gouvernement d’orienter un débat médical. Ce serait une “médecine officielle”, qui consisterait par exemple à affirmer que les masques ne servent à rien contre le COVID-19, parce qu’il n’y a pas de stocks suffisants (toute ressemblance avec un fait réel serait fortuite). C’est contraire au droit à la protection de la santé, qui est constitutionnel.

Les stratégies thérapeutiques reposent sur des “données acquises de la science” selon le code de déontologie médicale. Ces données sont acquises dès lors qu’elles reflètent un consensus médical autour d’une stratégie médicale jugée efficace (c’est-à-dire qu’aucun scientifique ne la conteste faute d’argument contraire). Ces données ne sont jamais définitives : elles peuvent devenir obsolètes et donc disparaître au profit de nouvelles données qui seront « acquises » par consensus.

Ce processus scientifique est très long et ne se déroule pas sur la place publique comme en ce moment en raison du contexte de crise, mais dans les cercles scientifiques. Il appartient au chercheur qui croit avoir trouvé un traitement novateur de convaincre la communauté scientifique du bien-fondé de sa trouvaille, à travers un débat scientifique (études, articles, colloques notamment). Il lui est interdit par le même code de déontologie de jeter sa découverte en pâture au public, avant qu’elle soit éprouvée scientifiquement, et cela en raison des risques pour la santé publique.  Car si un débat juridique, sociologique, voire physique ou climatique, même vif, est inoffensif sur la place publique, un débat médical mal maîtrisé, en période de crise, peut pousser le public à des comportements dangereux pour sa santé.

C’est pourquoi, si le gouvernement peut financer des études (ce qui se fait déjà), établir des appels à projets dans telle ou telle direction, il n’a pas à privilégier une piste ni à choisir parmi les scientifiques ceux qui seraient supposément les plus compétents. C’est au seul corps médical de dégager une stratégie thérapeutique, que le gouvernement doit suivre, sauf à engager sa responsabilité.

Contacté, Nicolas Dupont-Aignant n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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