Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée nationale : «Un gouvernement peut utiliser des ordonnances sur des transpositions de directives européennes mais pas sur un sujet qui concerne l’ensemble des Français et qui, à ce titre, mérite un vrai examen au Parlement »

Création : 5 mars 2018
Dernière modification : 17 juin 2022

Auteur : Vincent Couronne

Source : Le Monde, 28 févr. 2018

Les politiques de l’Union que les directives mettent en œuvre concernent bien les Français, et le Parlement a un rôle à jouer dans la détermination des moyens pour atteindre les objectifs fixés.

On comprend par une lecture a contrario de ce commentaire que pour Christian Jacob, les directives européennes ne concernent pas « l’ensemble des Français », et donc ne méritent pas « un vrai examen au Parlement ». Permettons-nous d’en douter doublement.

D’abord, les directives, qui sont des actes législatifs adoptés principalement par le Parlement européen et le Conseil, concernent bien l’ensemble des Français. Leur intérêt est de fixer aux États membres des objectifs à atteindre, objectifs qui s’inscrivent notamment dans le cadre des politiques de l’Union : marché intérieur (art. 26 TFUE), agriculture et pêche (art. 38 TFUE), asile et immigration (art. 67 para. 2 TFUE), coopération policière (art. 87 TFUE)… Or, on ne doute pas que ces politiques-là concernent l’ensemble des Français.

C’est le cas de la directive sur les produits du tabac qui impose les avertissements relatifs à la santé sur les paquets de cigarettes, de la directive relative à l’accueil des demandeurs d’asile, ou encore de la directive déterminant des seuils de taux de TVA sur la plupart des produits que les consommateurs achètent et des services auxquels ils font appel tous les jours. On pourrait multiplier les exemples…

Ensuite, en transposant les directives, le Parlement a un rôle essentiel : déterminer par quels moyens la France va pouvoir atteindre les objectifs qui lui sont fixés. Ce sont là des questions de mise en œuvre qui méritent un débat suffisamment approfondi au Parlement, sur des sujets comme celui des travailleurs détachés ou de l’asile. Voyez le débat actuel autour du projet de loi relative à l’asile et à l’immigration : ses dispositions assurent une nouvelle transposition de directives européennes et pourtant, elles font débat, à tel point qu’on n’aurait pas imaginé penser qu’une discussion publique dans les hémicycles fut ici facultative.

On peut regretter qu’un député à l’Assemblée nationale considère de la sorte les actes législatifs de l’Union. En négligeant leur rôle, il néglige leur contrôle, alors même que le Traité de Lisbonne a donné des pouvoirs nouveaux aux Parlements nationaux dans ce domaine.

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