Crédits photo : Luis Ariza

#FactCheck : Non, la nouvelle présidente du Mexique n’a pas été élue grâce aux meurtres d’opposants politiques

Création : 12 juin 2024

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Gladys Costes, étudiante en licence de Science politique à Lille

Source : Compte Facebook, le 6 juin 2024

L’élection de la nouvelle présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, est entourée de rumeurs selon lesquelles elle ne devrait sa place qu’au fait que des candidats ont été assassinés. S’il y a bien eu des meurtres de candidats – de tous les partis – pendant la période électorale, aucun ne se présentait pour le scrutin présidentiel.

Le Mexique a élu, le 2 juin 2024, Claudia Sheinbaum, scientifique et ancienne maire de Mexico, au poste de présidente de la République. Mais ces élections se sont déroulées dans la violence et des dizaines de candidats ont été tués durant la période électorale. Plusieurs internautes sous-entendent ou affirment clairement que l’élue de gauche aurait accédé à la première place de l’élection présidentielle grâce à ces assassinats. 

Les commanditaires de ces meurtres varient selon les posts : un coup on accuse les scientifiques du GIEC (dont Claudia Sheinbaum a fait partie), l’autre, ce sont plutôt les LGBT ou les juifs.“Quand certains disent que c’est dangereux de s’opposer au GIEC, en voici la preuve que le giec est une bonne protection”, prétend un internaute sur Facebook en partageant un article de presse qui rapporte l’assassinat de 27 candidats (l’internaute, lui, parle de 37 candidats).

Petit problème dans cette logique : aucune des personnes assassinées n’était candidate à l’élection présidentielle.

Des candidats aux élections locales

Ce 2 juin, les Mexicains et Mexicaines étaient appelés à voter pour plusieurs élections. Sur leur bulletin, chaque électeur ou électrice pouvait cocher jusqu’à six cases : l’une pour élire un.e président.e, les autres pour élire des gouverneur.e.s, des députés locaux et des maires.

Et depuis le lancement des primaires et des campagnes électorales, les potentiels futurs élus et élues ont été la cible de violentes agressions et de meurtres. D’après le projet Votar entre balas (“voter entre les balles”, en espagnol) du média mexicain, Animal Politico, et l’organisation Datacivico, 29 personnes candidates et pré-candidates ont été tuées pendant la période électorale au Mexique entre l’été 2023 et le 2 juin, date de l’élection. 

Les personnes tuées briguaient toutes des mandats locaux et appartenaient à différents partis, dont Morena, le parti présidentiel. “Dix-sept candidats et pré-candidats de la majorité ont été assassinés en un an”, précise Hélène Combes, directrice de recherche au CNRS-CERI. 

Tous les territoires n’ont pas été touchés de la même manière. Trois États fédéraux ont concentré la plupart de ces crimes : le Guerrero, et Michoacán, et le Chiapas. Dans ces territoires majoritairement ruraux, le narcotrafic est très installé. Pour la chercheuse, ces assassinats relèvent de logiques locales, et non nationales.

Une visibilité nationale nouvelle pour des assassinats courants

Cette situation est évidemment très dommageable, mais à remettre en contexte, note Hélène Combes qui travaille sur la violence politique au Mexique depuis vingt ans. Le Mexique est un pays extrêmement violent dans lequel 3000 assassinats se produisent par mois.” Cette violence pendant les élections n’est pas exceptionnelle, l’assassinat des candidats locaux est plutôt même une constante. “La coordination du calendrier électoral de 2018 donne une visibilité nationale à ces assassinats qui étaient plus étalés dans le temps auparavant”, analyse Hélène Combes.

Utiliser ces assassinats, bien réels, pour faire douter de la légitimité de l’élection de la présidente fraîchement élue est faux. Pour Hélène Combes, si ce genre de discours apparaît aujourd’hui, c’est que le scrutin était irréprochable d’un point de vue du déroulement. “Comme il n’est pas possible de remettre en question le scrutin, la délégitimation se décale sur d’autres domaines. Par exemple, pendant la campagne électorale, Claudia Sheinbaum a fait l’objet d’accusations non fondées de collusion avec le narcotrafic.

La première image circule depuis fin 2023 sur des sites antisémites. La seconde est une photo d’un discours ancien (au moins 2012) du média mexicain El Universal.

 

Ses positions progressistes ont été attaquées par ses opposants et la désinformation a été importante sur les réseaux sociaux. Quitte à fabriquer ces mensonges de toutes parts. En témoigne une photo de la présidente, boucle d’oreille en forme d’étoile de David et brandissant une menorah. Cette représentation était censée révéler la judéité de Claudia Sheinbaum qui a des grands parents juifs ashkénazes mais qui, publiquement, se revendique athée. Sauf que cette image est un montage grossier. La photo originelle, elle, date au moins de 2012 et celle qui n’était pas encore présidente n’avait ni étoile à l’oreille, ni objet dans sa main. 

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