Le maire de Challans prend un arrêté municipal prévoyant que “le Soleil est dans l’obligation de se présenter tous les matins du lundi au dimanche dans la ville de Challans”

Création : 16 février 2018
Dernière modification : 17 juin 2022

Auteur : Jean-Paul Markus

Source : Arrêté du Maire de Challans en Vendée, 14 févr. 2018

À supposer qu’un jour il soit possible de maîtriser la pluie et le beau temps, il y a tout lieu de penser que ce ne seront pas les communes, départements ou régions qui se verront confier ce pouvoir. Il restera entre les mains de l’État. Trop sensible.

Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, M. le Maire de Challans fait contre mauvais temps bon cœur, et l’idée n’est pas ici de démontrer l’illégalité de son arrêté. Cela dit c’est un acte exécutoire, c’est-à-dire que M. le Maire sera fondé dès le lendemain de la parution (affichage en mairie, registre) à exiger le concours des forces de l’ordre si le Soleil venait à se soustraire à ses obligations. La pluie, qui n’est autorisée par l’article 2 du même arrêté à se manifester que trois nuits par semaine, serait aussi verbalisée en cas de débordement. Restera pour les gendarmes à trouver l’essuie-glace afin de coincer le PV.

Mais qu’il soit permis une autre considération, en coup de vent. À n’en pas douter, les humains sauront avec le temps agir sur la météo, au moins localement. Ils savent déjà prévoir le temps de façon relativement fiable, et l’Histoire a montré l’ultra-sensibilité des informations météorologiques lors d’une guerre : ce n’est pas un hasard si les plus grands progrès de la science météorologique se sont produits dès la première Guerre-Mondiale, grâce à des météorologues militaires (et aussi durant la seconde guerre, avec en plus l’espionnage concernant les données météorologiques). Les humains savent aussi désormais faire pleuvoir : c’est l’ensemencement des nuages, comme par exemple aux Émirats-Arabes-Unis.

De là à faire pleuvoir sur une armée en marche pour la ralentir… Et voilà pourquoi un maire n’est pas près de pouvoir un jour prendre un arrêté anti-pluie ou pro-Soleil. Dans un domaine si sensible, dont dépendent des intérêts si divergents (les agriculteurs contre les opérateurs touristiques ; les skieurs contre les éleveurs), et dont les enjeux sont hautement stratégiques, les États garderont toujours la compétence météorologique au niveau central, et s’en déferont encore moins au profit de l’Union européenne.

Ainsi, Monsieur le Maire de Challans, votre rafraichissant arrêté municipal constitue un lumineux exemple de juridique-fiction. Merci d’avoir permis cet exercice d’anticipation juridique.

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